Ce jour où tu nous as rejoint à 8h15, 3 ans et 9 mois après t'avoir désiré.

Mais en fait le travail a commencé bien avant. Le 15 juin, à 4h du matin je finis par me lever car des contractions me tirent dans les reins depuis 1/2 heure au point où je n'arrive pas à me rendormir. Ça fait déjà quelques semaines que je n'ai plus de patience et que j'ai très envie de te rencontrer, donc je suis excitée de savoir que c'est peut-être LE jour de ta venue! Le frigo est plein, j'ai peur que si je dois partir à la maternité, de la nourriture soit gâchée, je fais donc tout un tas de cuisine ce matin là. Jusqu'à ce que la fatigue et l'arrêt des contractions me renvoient au lit vers 8h. La journée passe sans contraction, je suis un peu déçue et en même temps, ton papa me rassure en disant que tu ne devrais plus tarder maintenant, que c'est bon signe les contractions, même si elles sont espacées.

Et puis le soir, vers 21h, nous nous mettons devant le 1er match de l'équipe de France pour la coupe du monde. Je me retrouve vite sur le ballon de yoga car les contractions dans les reins reprennent et ça me soulage. Pour le moment la douleur est gérable, on rigole devant le match, la France gagne, on décide de monter se coucher mais je préviens ton père qu'on ne devrait pas beaucoup dormir. 

Effectivement, je ne vais pas dormir de la nuit et ton papa très peu. J'ai mal, je suis pressée, je tente l'homéopathie pour soulager mes douleurs de dos, je prends un bain, je me rappelle des conseils de la sage-femme et me demande si les contractions font bouger mon col. En fait, je m'en rendrais compte plus tard mais je réfléchis trop et suis trop fixée sur mes contractions.

Au tout petit matin du 16 juin, je supporte mal les douleurs, je ne trouve plus de position pour me soulager. Je veux aller à la maternité, persuadée que le travail est bien avancé. Vers 5h, nous prenons la valise et nous apprêtons à partir. Un dernier passage aux toilettes et je me rends compte que je perds du liquide et un peu de sang. Cette fois, j'en suis certaine, on ne va pas à la maternité pour rien!

Arrivés à la mater, 1er monitoring et 1er examen de la sage-femme. Le monito ne décèle pas de contraction, pourtant moi je souffre le martyr, allongée sur cette table sans pouvoir bouger, les douleurs de reins s'emplifient. Je continue également de perdre du liquide. La sage-femme confirme que j'ai percé la poche des eaux mais mon col est toujours postérieur et ouvert à 1 : le travail n'a pas officiellement commencé malgré ma nuit blanche. Je suis un peu désespérée, je sais en plus que les douleurs seront encore plus difficiles à gérer avec la poche des eaux percée. Je suis déjà très fatiguée. La sage-femme nous conseille de marcher pendant 1h pour voir si le travail se met en place.

C'est ce que nous faisons dans cette clinique vide à cette heure-ci. C'est plutôt agréable d'ailleurs, on est tranquille pour gérer les contractions dans les escaliers (ce qui ne sera pas le cas le reste de la journée). Mais je contracte régulièrement, j'ai mal, je me pends au cou de ton père, je perds beaucoup de liquide, mon dos me fait énormément souffrir. Et je sais pourquoi: tu as le dos à droite de mon ventre et malgré toutes les positions que je peux prendre, tu ne te mets pas dos à gauche pour faciliter ta sortie. A chaque contraction, ta tête appuie donc sur un des os de mon bassin, d'où les douleurs insupportables dans les reins.

1h plus tard: re-contrôle et le travail n'a pas commencé mais la sage-femme me ment un peu en me disant que le col a bougé, qu'il est moins postérieur et presqu'à 2. Mais nous sommes obligés de rester à la maternité à cause de la perte des eaux. Je fais un autre monito, ton papa va déclarer mon entrée à l'accueil et demander une chambre. Le monito ne décèle toujours pas de contraction et moi j'ai toujours très mal. On nous conseille de marcher pour accélérer le travail. 

A cette heure-ci, il y a beaucoup plus de passage dans la clinique, on n'est moins tranquille pour gérer les douleurs. A chaque fois que je dois m'arrêter pour des contractions, les gens nous demandent si on a besoin d'aide, ça me perturbe et en bonne sanguine que je suis: ça m'énerve. On décide donc de sortir pour aller s'acheter des trucs à grignoter et à boire. Il fait beau et chaud, on mange nos Tucs et nos gâteaux sur un banc pas loin de la clinique.

Il doit être 10h quand je refais un monito. C'est une nouvelle sage-femme et elle est moins optimiste que la 1ère : pour elle je suis toujours à 1 doigt. Et toujours zéro contraction au monito.

Je suis donc installée dans une chambre en attendant que le travail commence. Ton père est claqué, il s'endort rapidement sur le lit. Moi je fais les 100 pas et du ballon en espérant faire bouger les choses. Puis on nous apporte un dejeuner et sur les conseils de ton père, je me couche et j'arrive à dormir quelques minutes. En me réveillant je me rends compte que les contractions s'espassent, ça m'agace car le temps passe depuis que j'ai percé la poche des eaux et si rien ne bouge, je sais qu'ils vont me déclencher et c'est justement ce que je voulais éviter.

Mais après un nouvel examen en début d'après-midi, rien n'a bougé. Une sage-femme se permet même de me montrer la feuille d'un monito d'une autre femme qui, elle, a de" vraies" contractions, histoire que je puisse comparer... L'équipe médical attendra jusqu'à 18h avant de me proposer un déclenchement. Entre temps je souffre beaucoup car je suis fatiguée et que je ne sais plus quelle position adopter pour me soulager.

Vers 18h donc, on me propose la pose d'un tampon pour faire "mûrir le col". Je dois rester brancher au monito 2 nouvelles heures, puis attendre encore 2h dans ma chambre et les contractions devraient s'intensifier. Ces 2h harnachée à la machine sont de la torture car j'ai très mal mais le monito des contractions reste plat! Je ne tiendrais ensuite pas les 2h dans ma chambre car je perds le tampon au bout d'1h.

Devant le manque de réactions de mon corps la nouvelle sage-femme (dépitée) m'annonce qu'il ne reste plus que le déclenchement en intraveineuse. Je crois qu'en voyant ma tête d'épuisée et de déprimée, elle a pitié et me propose de prendre une douche avant, histoire de reprendre un semblant de force. En effet, je sais qu'une fois le vrai déclenchement commencé, je serais jusqu'au bout allongée harnachée au monito alors que je ne supporte déjà plus mes douleurs dans le dos.

A ce moment précis, j'ai envie d'abandonner, de partir en douce de la clinique et d'accoucher un autre jour. Et je déprime parce que je sais que ça n'a pas de sens, que quoi qu'il arrive, il va falloir que tu sortes dans les heures qui arrivent. Sauf que je ne vois pas où trouver la force de continuer.

Je passe donc toute ma douche à pleurer de désespoir, si j'avais quelque chose à avouer à ce moment précis, je le ferais. Je voudrais juste un peu de répits dans la douleur et un peu de repos. Je repense aux piqûres de progesterone qu'on m'a fait entre 6 et 7 mois pour éviter que le col ne s'ouvre et voilà que maintenant ce col ne bouge pas du tout alors que c'est l'heure, quelle ironie!

Je retourne vers 23h en salle de naissance pour ce fameux déclenchement. Je suis morte de trouille. Je gère très très mal la douleur. La sage-femme d'ailleurs s'aperçoit que je ne réagis pas comme il le faudrait : au lieu d'essayer de tout relâcher pendant une contraction, je serre tout et j'augmente donc la douleur. Ok ça fait donc 17h que je suis là et c'est la 1ère sage-femme à s'en apercevoir. Peut-être que si une autre m'avait regarder pendant une contraction avant, elle aurait pu me donner le même conseil qui aurait au mieux aider à l'ouverture du col, au pire permis de conserver un peu d'énergie.

Cette sage-femme va vraiment être au top toute la nuit. Déjà elle me dit tout de suite qu'elle n'attendra pas l'ouverture du col pour me faire la péri mais uniquement des contractions régulières sur le monito (ouf!). C'est parti, elle place le produit et le monito. Au début, mes souvenirs sont précis. J'entends à chaque fois, à ma gauche, le claquement qui indique qu'une dose de produit est envoyé dans mes veines. Au début, pas de changement dans la douleur, j'ai toujours des contractions régulières dans le dos. Je fais le maximum pour ne pas me raidir, ton père est très présent à ma droite; pendant une contraction il me parle tranquillement, me rappelle de lâcher prise, m'encourage en disant que je gère hyper bien, que c'est super ce que je fais, que c'est bientôt fini. Entre les contractions, il me masse le dos avec le l'huile. Encore des "clac" réguliers à ma gauche, la douleur augmente. Je comprends que c'est de plus en plus compliqué de rester détendue. Je sens à chaque fois la contraction monter : elle commence toujours pas le dos, sournoisement puis toute ma ceinture (ventre + dos) devient très douloureuse et quand la douleur de l'uterus passe, celle du dos met beaucoup plus de temps à retomber. Je comprends alors que mon temps de repos est beaucoup plus court que si je n'avais que des contractions dans le ventre. A ce moment-là, je dois perdre pieds car mes souvenirs sont très flous. Je me souviens avoir dit à ton père que je voulais mourir! D'ailleurs j'ai l'impression que je vais mourir.

Mais lui fixe le monitoring, il me dit que les contractions sont bien présentes (comme sur l'exemple que nous avait montré la sage-femme plus tôt), que je tiens le bon bout. Il me dit que la sage-femme va revenir et qu'on va me faire la péri. Je n'ai plus longtemps à tenir. En fait, je suis restée 2h comme ça.

Puis effectivement, la sage-femme revient et me dit qu'elle a appelé l'anesthésiste. La douleur va s'arrêter, enfin! Elle m'examinera après la péridurale, comme promis, elle ne se fie pas au col mais aux contractions.

Elle me prépare donc à la péridurale et l'anesthesiste arrive rapidement. Ton père est invité à sortir de la pièce mais on peut se voir à travers le hublot de la porte. Je m'en rappelle car je vois sa tête d'inquiet en me voyant souffrir pendant une contraction et je me force à lui sourire pour lui signifier que je ne vais pas mourir tout de suite! L'anesthesite pique pour endormir la partie sur laquelle il va passer la péri. Un "clac" à ma gauche m'indique qu'une nouvelle dose est envoyée, je sais que la contraction va suivre rapidement, juste au moment où il va poser la péri et que je ne devrais pas bouger, je stresse. En fait la contraction arrive juste après la pose de la péri, ouf. La sage-femme passe derrière moi, regarde l'anesthesiste et grimace. Elle dit la pire chose à ce moment là, j'enteds: "il faut la refaire?", et la pire réponse en écho: "oui, on est sur un vaisseau, c'est pas bon". Re-piqure d'anesthesie, re-dos roulé, tête dans le cou de la sage-femme, re "clac" à ma gauche; c'est bon la contractions devrait arriver après. Mais non! La 2ème pause de péri n'est pas la bonne non plus, il faut tout refaire une 3ème fois. A ce moment-là la 1ère chose qui me vient à l'esprit, c'est une conversation avec ce même anesthésiste lors du rendez-vous pré-natal qui me rassurait en disant que les 2 anesthésistes de la clinique étaient des vieux de la vieille et pas des petits internes comme dans les grands hôpitaux, donc que le boulot était super bien fait...mouai, je suis hyper sceptique là tout de suite! La 2ème chose qui me vient à l'esprit c'est que la contraction cette fois-ci va arriver. Et effectivement, la douleur monte rapidement pendant que je suis censé faire le dos rond et ne surtout pas bouger. C'est la torture à son apogée. Mais la péri est posée. J'ai la tête qui tourne, une sensation très désagréable également dans le bras gauche. On me rallonge et la sage-femme m'assure que d'ici 15 minutes, la douleur aura disparu. Sur ce coup-ci tout se passe comme prévu, petit à petit la douleur diminue en même temps que je perds le contrôle de mes jambes et de mon bras gauche.

Sur le moment, je m'en fiche royalement. Je n'ai plus mal, je vais pouvoir dormir, c'est vraiment magique. Même si je me dis quand même que je me sens dans un état très désagréable, vraiment shootée et pas au meilleur de ma forme; que la péri c'est génial pour la douleur mais vraiment pas terrible à cause de cette sensation que tu ne maîtrises plus ton corps. En effet j'ai des gros tremblements incontrolables pendant de nombreuses minutes.

A partir de là, ton père va se reposer dans la chambre et la sage-femme me conseille de dormir pour reprendre des forces. Elle revient m'examiner toutes les heures pour contrôler l'avancement du travail. Mon col s'ouvre d'un doigts par heure, ton petit coeur va très bien, tout roule. J'ai le droit à une nouvelle dose de péri vers 4h car les contractions dans le dos reviennent.

Puis à 5h, je me réveille en tremblant de nouveau. Je bip la sage-femme. J'ai peur. Il fait sombre dans la pièce, il n'y a pas beaucoup de bruit autour, je me sens seule. J'envoie un texto à ton père, un 2ème. Pas de réponse et pas de sage-femme non plus. J'appelle ton père et je me souviens que son portable est en mode "ne pas déranger" de 22h à 8h, ça ne doit donc pas sonner, sauf si le même n° appelle plusieurs fois et c'est ce que je fais. Il décroche, j'explique que j'ai peur, il arrive. La sage-femme aussi arrive et m'examine. Ca n'a pas bougé depuis 1h, je suis toujours à 5. Pourtant à chaque contraction, je sens que "ça pousse". Elle décide donc de me poser une sonde urinaire et de me tourner sur un côté. Je me sens encore plus harnachée avec tous ces fils qui me relient à tout un tas de trucs. Je me demande comment je pourrais accoucher dans ces conditions. D'autant plus que je ne sens presque pas mes jambes.

Une nouvelle heure passe, à nouveau elle m'examine et ça n'a toujours pas bougé. 2h que ça stagne, ce n'est pas normal. Elle me tourne de l'autre côté et me dit qu'elle va demander conseil au gynécologue. Quelque minutes plus tard, ton père croise le gynéco dans le couloir et lui demande son avis. Sa réponse est sans détour, si d'ici une nouvelle heure, rien ne bouge on me fera une césarienne. Quand ton père revient et me raconte ça, je ne suis pas étonnée, Et pourtant je fonds en larme. J'ai peur que quelque chose se passe mal. Depuis le début, rien ne se passe bien, je suis pessimiste. Même ton père, d'habitude très optimiste est inquiet. Il ne le dit pas mais je vois les larmes monter dans ses yeux. J'ai tellement peur qu'il t'arrive quelque chose, et en même temps je suis si fatiguée que je suis presque contente que ça finisse en césarienne car je sens bien que ma réserve d'énergie est bien basse.

Je donne les consignes à ton père : dès qu'ils te remonteront, faire du peau à peau, t'expliquer que je ne t'ai pas abandonné, que je vais revenir, que je vais bien, que je t'aime mais que le temps que je revienne c'est lui qui va s'occuper de toi.

Le gynéco vient m'examiner 1h plus tard et me confirme qu'on va descendre au bloc. Il ne l'explique pas encore mais quelque chose bloque la progression du travail et on ne va pas attendre que mon bébé souffre pour intervenir. C'est lui qui fera la césa, dans mon malheur je suis rassurée, j'ai une confiance aveugle en lui. La boucle est bouclée, c'est lui qui nous a donné le traitement pour la FIV, lui qui t'a replacé lors du TEC et c'est lui qui te sortira de mon ventre. Il est très rassurant, il me dit que c'est très rapide, que le plus long est la préparation à l'opération mais qu'après, en 5 minutes c'est terminé. Il pense même à me dire que ça ne signifie pas que je ne pourrais pas accoucher par voie basse lors d'une prochaine grossesse!

Je dois laisser ton père. C'est horrible, je pleure, on s'embrasse et je descends au bloc. C'est vrai que la préparation parait longue. Il y a au moins 5 personnes autour de moi. L'anesthésite est de nouveau là et me balance tout un tas de trucs dans les veines. J'ai la tête qui tourne un max. Ça m'énerve d'une force d'ailleurs, car je ne veux surtout pas rater ta sortie. Je me concentre pour ne pas tomber dans les vapes. Je plie mes doigts, tourne la tête, mords l'intérieur de mes joues. J'entends une des personnes présente dire que ma tension est basse et l'anesthésite répondre qu'il sait et qu'il s'en occupe. Tout un tas de goûts arrivent dans ma gorge, je sais que ce sont les produits qu'on m'injecte qui passent. Le gynécologue a une voix rassurante, il m'explique que je n'aurais pas mal mais que je vais le sentir pousser sur mon ventre au moment de la sortie, que ce n'est pas très agréable mais que c'est normal. Ça y est, ils ouvrent, je suis en transe. Puis je sens la fameuse pression sur le haut de mon ventre. Le gynéco baragouine quelques termes médicaux à l'attention de ses collègues, j'ai peur car je ne sais pas ce que ça signifie (il m'expliquera plus tard ce qu'il disait : que ton cordon est sorti avant toi et que tu présentais l'arrière de ta tête et non pas le devant d'où l'arrêt du travail).

Et enfin ce son : le son de ta voix. Tu cries. Et le gynéco me dit "vous entendez? C'est votre bébé. Quel beau bébé, comme ses parents!".

Je pleure. Et je plie et replie mes doigts pour ne pas perdre connaissance. Bientôt je pourrais tout lâcher mais d'abord il faut que je te vois. C'est horrible parce que la sage femme qui te prend te met dans un couffin opaque à ma gauche. Je ne te vois pas, je ne vois qu'elle qui s'occupe de toi. En revanche, je t'entends pleurer, j'ai envie de te réconforter. C'est long, j'ai la tête qui tourne, je me demande quand est-ce qu'elle va enfin t'amener à moi! Et enfin ce moment arrive. Tu es magnifiquement beau, je crois d'ailleurs que c'est la 1ère chose que je te dis. Dès que ta tête est prêt de la mienne, tu cesses de pleurer. Je t'embrasse, te dit que je t'aime, que ton père va s'occuper de toi le temps que je remonte. Un dernier bisou et tu pars avec la sage-femme en te remettant à pleurer.

Ça y est je lâche tout, je ferme les yeux. Tu es né et tu vas bien. Je suis maman.

So much fun l'accouchement

So much fun l'accouchement!